Allemagne : Le rendez-vous capital de Can

Emre Can (au centre) entouré de Hector Jons (à gauche) et de Julian Draxler (à droite)
Emre Can (au centre) entouré de Hector Jons (à gauche) et de Julian Draxler (à droite) AFP

En l’absence des nombreux joueurs-clés, Emre Can (23 ans) sera l’un des cadres de l’Allemagne lors de la Coupe des Confédérations (à suivre en intégralité sur SFR Sport 1). Il aura surtout l’occasion de gagner du crédit dans un secteur de jeu ultra-concurrentiel à un an de la Coupe du monde.

Il suffit parfois d’un geste pour balayer tout le reste d’un revers de main. En signant le plus but de la saison de Premier League d’un retourné somptueux, Emre Can (23 ans) a gravé son nom dans l’histoire et dans les best-of des saisons à venir. C’était le 1er mai dernier lors d’un match-piège à Watford. Ce soir-là, l’Allemand n’a pas seulement réalisé l’un des gestes les plus fous de la saison, il a offert trois points ultra-précieux à Liverpool dans la course à la qualification pour la Ligue des Champions.

Dix jours plus tôt, il avait abandonné le marquage sur Christian Benteke et précipité la défaite de son équipe qu’il avait qualifiée de « stupide » face à Crystal Palace (1-2). Depuis qu’il a rejoint Liverpool en 2014 en provenance du Bayer Leverkusen, l’Allemand a alterné le chaud et le froid. Spécialement lors de cette saison en dents de scie qu’il a éclairée de son ciseau à Watford et d’une autre frappe limpide face à Bournemouth. A sa décharge, Can a enchainé les pépins physiques qui lui ont fait manquer trois matches en début de saison et deux autres en décembre. Il a surtout tenu à jouer sans être à 100% de ses capacités physiques. Une attitude noble mais qui s’est ressentie sur son rendement.

Son positionnement ne l’a pas mis dans les meilleures dispositions alors que Jürgen Klopp l’a fait évoluer en 6 pour pallier l’absence de Jordan Henderson, blessé au pied en fin de saison. Davantage relayeur, Can s’est adapté sans rechigner à la tâche. Ce n’est pas le genre de l’ancien joueur du Bayern Munich qui compte une Ligue des champions au palmarès (2013) sans avoir participé à une seule minute de jeu dans la compétition. Et qui a parfois été comparé à Steven Gerrard.

« Je veux être Emre Can, et ne pas copier les autres joueurs »

Dans une ville où « Stevie-G » est roi, partir sur ce terrain est voué à l’échec et Can s’évertue à décoller cette étiquette qui lui vaut des railleries. Surtout quand il n’enchaine pas les performances de haut niveau. « Mon objectif est de marquer des buts, pas forcément d’être le prochain Steven Gerrard, soulignait-il au Guardian en novembre 2016. Evidemment mon respect pour lui est très haut mais je veux tracer mon propre chemin. Je veux être Emre Can et ne pas copier les autres joueurs. »

« Je ne suis pas dans le groupe ? »

Son ciseau a eu le mérite de balayer ce faux débat. Quelques semaines avant cela, il avait retrouvé le sourire et la sélection qu’il n’avait pas fréquentée pendant dix mois. Sa blessure à une cheville lui a fait manquer les six premiers matchs de la NationalMannschaft cette saison. Dont les deux de novembre alors qu’il était pourtant remis sur pied. C’est en discutant avec la presse anglaise que Can avait appris sa non-sélection. « Je ne suis pas dans la liste ?, s’était-il interrogé. Peut-être que le manager m’appellera ou m’enverra un message. »

Emre Can face à Paul Pogba lors de la demi-finale de l'Euro 2016
Emre Can face à Paul Pogba lors de la demi-finale de l'Euro 2016 AFP

Il est finalement revenu en mars 2017 avant de fêter sa première titularisation en un an le 10 juin dernier face à Saint-Marin (7-0). Avant cela, il n’avait plus débuté dans le onze de départ de Joachim Löw depuis la demi-finale de l’Euro 2016 face à la France. En Russie, il sera l’un des tauliers allemands. Enfin, l’un des neuf joueurs à compter dix capes ou plus (dix précisément pour lui). L’occasion est parfaite de briller dans un entrejeu où les talents sont abondants.

La jeunesse insolente

En Russie, la pépite Julian Weigl (Dortmund, 21 ans), la star Toni Kroos (Real Madrid), les fragiles Sami Khedira (Juventus) et Ilkay Gündogan (Manchester City) sont tous absents. La porte est ouverte pour marquer des points même s’il ne sera pas le seul dans un secteur très fourni entre Sebastian Rudy (15 sélections, Hoffenheim) et les prometteurs Julian Brandt (Leverkusen, 21 ans), Amin Younes (Ajax, 23 ans) ou Kerem Demirbay (Hoffenheim, 23 ans). L’air de rien, le rendez-vous est capital pour Emre Can, loin d’être indiscutable en sélection à un an du Mondial 2018. Il pourra ensuite se pencher sur la prolongation de son contrat à Liverpool qui arrive à échéance dans un an. Et s’offrir un nouveau départ.