Et si Landa remportait le Tour… avec l’aide de Quintana ?

Mikel Landa (au premier plan) et Chris Froome
Mikel Landa (au premier plan) et Chris Froome AFP

Equipier le plus solide de Chris Froome dans les ascensions, Mikel Landa a déjà prouvé sur ce Tour de France qu’il savait saisir les opportunités pour jouer sa carte personnelle. Sixième du général à 1’17’’ du Britannique, le Basque semble avoir les capacités pour remporter la Grande Boucle mais reste bloqué dans son rôle de leader. A moins peut-être que la Movistar de Nairo Quintana, équipe où il pourrait poursuivre sa carrière dès l’an prochain, ne lui file un coup de guidon en vue de l’avenir. Improbable ? Certes. Mais fascinant à imaginer. 

On le dit imprévisible, tempérament instable. Un constat qui se fige à l’aune de ses actions sur la route. En trois mouvements sur le Tour de France, Mikel Landa a brouillé les cartes. Jeudi, au sommet du mur de Peyragudes, plus fort que son leader Chris Froome que lui et ses équipiers avaient mené à un train d’enfer jusque-là mais qui calait dans les derniers hectomètres, le Basque de la Sky s’était permis de terminer dix-sept secondes devant le triple vainqueur de la Grande Boucle. Un épisode qui lui avait valu une explication vive, et filmée, avec Nicolas Portal, directeur sportif de l’équipe britannique, au pied du bus à l’arrivée, une scène dont le coureur s'est lui-même moqué sur Twitter pour dégonfler la polémique. Le lendemain, entre Saint-Girons et Foix, il était envoyé en éclaireur dans les premières pentes du col de Latrape avant de « s’associer » avec Alberto Contador dans le col d’Agnes et de finir par prendre des relais.

Derrière, après un gros travail de Michal Kwiatkowski, c’est Froome lui-même qui allumera des mèches dans Péguère pour limiter l’écart. Pas grave, le bon coup personnel était fait : Landa était revenu à 1’09’’ de Fabio Aru, alors toujours porteur du Maillot Jaune, et le Basque et le Britannique pouvaient se « checker » avant de débriefer la journée en souriant. Servais Knaven, autre directeur sportif de la Sky, résumait alors la situation façon verre à moitié plein : « Il est très proche au général et c’est une très bonne chose, tactiquement, pour la troisième semaine. Chris est notre leader mais nous avons une autre carte au cas où. » Et ce dimanche, la carte bis en était bien une, Landa se décrochant du groupe des favoris de Romain Bardet pour donner le dernier coup de guidon pour ramener un Froome victime d’un problème de roue. Une aide bienvenue et qui en disait long : le Basque de 27 ans est bien dans l’ombre du Britannique et ses dirigeants, qui n’ont pas oublié l’orageux tandem Bradley Wiggins-Chris Froome de 2012, le lui rappellent à la moindre occasion pour éviter de trop le voir en sortir.

« Qui va gagner le Tour ? Pourvu que ce soit Chris. Ou sinon, moi. »

Bref, avec Landa, on ne sait plus à quelle branche se rapprocher. Est-il un équipier fidèle qui ne veut que la victoire de son leader ? A-t-il en tête de voler de ses propres ailes pour tenter de triompher sur les Champs-Elysées si l’occasion se présente ? Celui qui a terminé dix-septième et meilleur grimpeur du dernier Giro, où il était supposé épauler Geraint Thomas avant l’abandon du Gallois, avec en prime une victoire d’étape (sa troisième en carrière sur la course après deux en 2015) s’amuse à répondre avec un discours où les portes restent ouvertes : « J’ai couru le Girou et c’est une incertitude car je ne sais pas jusqu’où je peux aller. Qui va gagner le Tour ? Pourvu que ce soit Chris. Ou sinon, moi. Mais nous sommes ici pour le gagner avec lui. » Portal, lui, ne les ferme pas non plus à l’heure d’évoquer la « fantastique autre carte à jouer » (Froome) des Sky : « En général, Mikel est terrible en deuxième et troisième semaines. On a fait un super coup en le replaçant très proche au général. Ça ouvre plein d’options. Il peut aider Chris en montagne ou, stratégiquement, jouer ses cartes. »

Alors, le troisième du Giro 2015 et vainqueur du Tour du Trentin 2016, également double vainqueur d’étape sur la Vuelta en 2015, peut-il se rêver en jaune à Paris alors qu’il apparaît au sixième rang du général à 1’17’’ de Froome avant la dernière semaine ? Sur ses jambes et ses capacités, sans aucun doute. Mais difficile de sortir de son rôle d’équipier quand on est payé pour ça, il suffit de demander à Froome de se souvenir du Tour 2012… Reste à imaginer une improbable association avec un certain Nairo Quintana. Onzième du général à 6’16’’ au second jour de repos, le Colombien a depuis longtemps dit adieu à ses espoirs de victoire finale. Mais pourquoi l’imaginer collaborer avec le Basque ? Question de futur. Il y a quelques semaines, le quotidien espagnol El Pais évoquait la volonté de Movistar, l’équipe de Quintana et Alejandro Valverde, de recruter celui dont le contrat avec Sky expire en fin d’année et qui aurait déjà refusé des approches des équipes UAE Team Emirates et BMC Racing Team.

« Avoir la garantie d’être leader sur l’un des trois Grands Tours »

« J’adorerais le voir porter nos couleurs et je le signerais tout de suite si c’était possible, expliquait alors Eusebio Unzue, le manager de Movistar, qui avait déjà tenté d’attirer Landa en 2013 et 2015. Mais c’est compliqué. Et aucune équipe n’a le droit d’entrer en négociations avec un coureur avant le 1er août donc je n’ai rien d’autre à ajouter. » Et Jesus Ezkurdia, l’agent du coureur, de pointer ce que ce dernier recherche : « Il est intéressé dans d’autres choses que l’argent, comme le fait d’avoir la garantie d’être leader sur l’un des trois Grands Tours ». Chez Movistar, où Valverde se rapproche de plus en plus de la retraite du haut de ses 37 ans, la chose serait plus que faisable alors que la présence de deux leaders – Quintana et Valverde – avait refroidi l’intéressé en 2015. Mais revenons à notre question improbable : pourquoi Quintana prêterait-il main forte à Landa sur ce Tour 2017 ?

Coup de poker improbable signé Unzue ?

Conscient de ne plus pouvoir viser la gagne, et sans besoin d’épauler un Valverde qui a dit adieu au Tour peu après l’avoir débuté sur la chaussée détrempée de Düsseldorf, le Colombien n’a aucune raison d’apporter son soutien au Basque. Sauf si ses dirigeants lui en donnent l’ordre avec l’objectif de le voir ramener le jaune à Paris pour se présenter au Tour suivant, en juillet 2018, avec le vainqueur en titre dans son effectif. C’est tiré par les cheveux, on vous l’accorde, et c’est prendre un risque si Landa décidait finalement de rester chez Sky ou de rejoindre Bahrain-Merida, les deux autres options qui semblent les plus crédibles pour son avenir. Mais dans ce Tour un peu dingue, où un Warren Barguil a déjà annoncé qu’il pourrait former une alliance de circonstance avec Bardet pour porter ce dernier vers le sommet du général, pas sûr qu’un tel coup de poker ne soit pas dans la poche du malin et calculateur Unzue si la course lui en offre l’opportunité.