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Dumoulin peut-il défier Froome sur ce parcours ?

Chris Froome (à gauche) et Tom Dumoulin sur le Tour 2016
Chris Froome (à gauche) et Tom Dumoulin sur le Tour 2016 AFP

Annoncé comme le cycliste capable de battre Chris Froome sur le prochain Tour de France, Tom Dumoulin avait annoncé vouloir attendre les présentations des parcours de la Grande Boucle et du Giro (dont il est tenant du titre) pour se prononcer sur son programme. Mais le tracé du Tour 2018 dévoilé ce mardi matin ne lui semble pas favorable. Selon un de ses directeurs sportifs de Sunweb, son équipe, c’est « du cinquante-cinquante ».

C’était LE duel attendu du prochain Tour de France. Chris Froome, quadruple vainqueur de l’épreuve, face à Tom Dumoulin, lauréat du dernier Giro. Entre sa jeunesse (26 ans contre 32), son côté machine de guerre sur les chronos – il a remporté le dernier championnat du monde de la spécialité devant le Slovène Primoz Roglic et… Froome – et ses progrès de plus en plus flagrants en montagne, où il rivalise désormais souvent avec les meilleurs même s'il est moins à l'aise dans les plus hautes cimes, le Néerlandais présente le profil parfait, bien meilleur que celui d’un Romain Bardet par exemple, pour venir titiller le Britannique sur ces routes de juillet où il mate tout le monde. Alors, grand duel en 2018 ? Cela pourrait finalement être compromis. Car le parcours de la prochaine Grande Boucle dévoilé ce mardi matin à Paris ne semble pas le plus taillé pour sublimer ses qualités. Et cela pourrait le pousser à traquer le doublé en Italie plutôt que s’offrir le scalp cycliste de « Froomey ».

« Mais si le parcours ne me convient pas, pourquoi y aller »

« Je n’ai pas encore décidé, lâchait-il il y a quelques jours à La Gazzetta dello Sport. Tout dépendra du parcours. Je ne me suis pas encore battu pour le général sur le Tour alors que je l’ai fait au Giro et à la Vuelta. Mais si le parcours ne me convient pas, pourquoi y aller et chercher la victoire ? J’ai adoré le Giro et j’aimerais y revenir. » Avec une portion chronométrique individuelle limitée à un seul rendez-vous et 31 kilomètres, alors qu'il fait plus d'écart autour des 40 bornes, avec de plus un profil très technique et non roulant comme il les aime, faire des différences en sa faveur (il avait mis plus d’une minute à Froome sur le contre-la-montre solo de 37,5 bornes avec deux petites portions en légère montée qu'il avait remporté lors de l’édition 2016) sera plus compliqué, le garçon n’étant pas réputé pour faire des écarts dans les cols. Il y a certes 35 kilomètres de plus face au chrono par équipes en début de Tour, une spécialité où sa formation, Sunweb, a elle aussi remporté le dernier titre mondial avec Dumoulin en leader… avec 22 secondes d’avance sur la Sky du quadruple vainqueur du Tour, et qui pourrait lui permettre de prendre la main.

Tom Dumoulin dans l'effort individuel
Tom Dumoulin dans l'effort individuel AFP

Si grands cols alpestres devraient également convenir à ce coureur meilleur dans les ascensions sèches que sur les longues journées dans les cols mais qui avait prouvé ses progrès sur ce plan dans l'étape du Stelvio sur le dernier Giro, sa difficulté quand les sommets grimpent au-delà des 2000 mètres d'altitude, hauteur où il avait perdu du temps en mai dernier en Italie, pourrait lui jouer des tours. Tout comme ses difficultés en troisième semaine lorsqu'il joue la gagne sur un Grand Tour, comme sur la Vuelta 2015 ou le Giro 2017. Pas de quoi inciter à l'optimisme quand on sait que le seul contre-la-montre individuel de la Grande Boucle aura lieu au bout de la troisième semaine... Au mieux, sans prendre en compte ce dernier élément, on peut imaginer le vainqueur au sommet d’Andorre-Arcalis (Pyrénées) sur le Tour 2016 gagner une grosse minute trente sur le Britannique avec les chronos. Serait-il capable de les conserver en montagne, où Sunweb ne présente pas la même armada que cette Sky qui y paraît intouchable ? Le défi paraît très (très) compliqué mais aurait de la gueule. Reste à savoir ce qu’en pense l’intéressé maintenant que le parcours de la Grande Boucle (où l’étape des pavés de la fin de la première semaine pourrait un peu avantager celui qui n’a pourtant jamais disputé Paris-Roubaix, et un seul Tour des Flandres comme néo-pro, mais qui a bien connu la chose dans sa jeunesse aux Pays-Bas) a été dévoilé.

Aike Visbeek : « Je dirais que c’est du cinquante-cinquante »

Cité par le média néerlandais 1Limburg, Aike Visbeek laisse la porte à moitié ouverte. « Le nombre de kilomètres face au chrono n’est certainement pas en sa faveur, pointe le directeur sportif et coach de l’équipe Sunweb. Je dirais que c’est du cinquante-cinquante. Nous devons nous réunir pour décider de ce que nous faisons. » Alors que Dumoulin profite de vacances aux Etats-Unis bien méritées, Visbeek précise que la décision sera sans doute prise avant la fin d'année. Une fois le parcours du Giro lui aussi rendu public fin novembre. Défi du doublé ou gant lancé aux pieds de Froome pour celui qui manque encore de repères dans la bataille pour le général sur le Tour (41e en 2013, 33e en 2014, abandons en 2015 et 2016) ? « Ma motivation n’est pas juste de challenger Froome, nuançait-il il y a quelques jours sur le site CyclingNews. Si je vais au Tour, c’est pour gagner. Et pour le faire, vous devez battre beaucoup de coureurs. Même si les journalistes aiment peindre la scène comme ça, ce n’est pas un clash de titans entre Chris, qui reste le meilleur coureur de grands Tours actuellement, et moi. » Vu ses déclarations et la tête du parcours, on pencherait pour un duel qui n’aura pas lieu en 2018. Mais on n’est pas dans la tête de Tom.