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Dumoulin, l’arme fatale pour battre Froome ?

Tom Dumoulin
Tom Dumoulin AFP

Même moins fringant que lors de ses trois précédents succès, c’est avec maîtrise et porté par une Sky intouchable que Christopher Froome a remporté dimanche son quatrième Tour de France. Compte tenu des difficultés de Romain Bardet sur l’exercice du chrono, son rival annoncé pour l’an prochain se nomme peut-être Tom Dumoulin, vainqueur du dernier Giro.

Gagner le Tour de France est une question d’équation : des qualités de grimpeurs ne suffisent pas et il faut leur adjoindre une équipe costaud et polyvalente, une intelligence de course et, surtout, de grosses capacités sur l’exercice du contre-la-montre. Sans doute meilleur à la pédale en montagne, plein de panache, Romain Bardet (AG2R-La Mondiale) a perdu la 104e édition de la Grande Boucle sur cet exercice. Sur la 20e étape de Marseille, il s’en est même fallu d’une seule seconde pour qu’il ne cède sa troisième place du général à Mikel Landa.

Quintana, Aru débordés, Bardet trop juste en chrono

Christopher Froome (Sky) s’est donc adjugé son quatrième Tour de France. Le Britannique visera l’an prochain un cinquième sacre, qui le ferait égaler les légendes Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. A moins de placer sur sa route un rival à la hauteur, un concurrent capable de rivaliser avec lui sur tous les terrains, chrono compris. Romain Bardet ? Il faudrait que le Français progresse de façon fulgurante sur le contre-la-montre, exercice qu’il a presque en horreur.

Puisque Nairo Quintana, hors de forme après le Giro, n’est jamais parvenu à prendre le dessus (le coureur Movistar a terminé 12e), puisque Fabio Aru n’est pour l’heure pas doté d’une équipe suffisamment étoffée, il faut sans doute chercher ailleurs… du côté des absents. Un nom revient avec insistance : celui de Tom Dumoulin.

Dumoulin impressionnant sur le Giro

Après quatre participations d’affilée (41e en 2013, 33e en 2014 et deux abandons en 2015 et 2016), le Néerlandais a fait l’impasse sur le Tour de France. Grand bien lui en a sans doute pris. Le coureur Sunweb s’est concentré sur le Giro… et l’a remporté, signant ainsi sa première victoire sur un grand Tour. Qui plus est une année où le Tour d’Italie présentait un plateau très relevé avec des Nairo Quintana, Vincenzo Nibali ou Thibaut Pinot (respectivement deuxième, troisième et quatrième). Maillot Rose en poche, Tom Dumoulin devrait en toute logique viser le Jaune l’an prochain.

Le coureur de 26 ans était sur les routes françaises la semaine dernière. Pas pour encourager ses coéquipiers Warren Barguil et Michael Matthews – tous deux vainqueurs de deux étapes et d’un maillot distinctif – mais bien pour s’infliger un stage dans les Alpes. Il ne disputera pourtant pas la Vuelta mais se prépare pour les Mondiaux, en septembre prochain, et s’alignera sur la Clasica San Sebastian et le Tour du Benelux (désormais BinkBank Tour).

Il a déjà battu Froome en chrono sur le Tour

Tom Dumoulin adore le chrono. Spécialiste de l’exercice et trois fois champion national sur cette discipline, celui qui a prouvé ses progrès incroyables en montagne sur le Giro avait d’ailleurs largement battu Christopher Froome l’an dernier, sur le Tour de France. Le Néerlandais s’était offert la troisième étape, un contre-la-montre de 37,5 kilomètres entre Bourg-Saint-Andéol et la Caverne du Pont-d'Arc.

Sur un parcours au profil plutôt plat (la seule côte menant à un plateau à faible altitude), le coureur a mis son premier poursuivant… Froome, à plus d’une minute. Le Britannique avait relégué ses adversaires au classement général sans souci (Bauke Mollema, Adam Yates et Nairo Quintana). Sans pour autant pouvoir prétendre à la victoire d’étape.

Le jour où Dumoulin a gagné en solitaire en haute-montagne…

AFP

En plus de ces qualités incontestables sur l’exercice du contre-la-montre, Tom Dumoulin ne craint pas (ou plus) les ascensions. L’an dernier par exemple, avant d’être contraint à l’abandon sur la 19e étape suite à une chute, avant même sa victoire sur le chrono, le coureur néerlandais avait signé un premier succès… à Andorre-Arcalis. Soit en haute montagne donc, au terme d’une journée à trois cols de première catégorie et une arrivée hors catégorie.

Le leader de Giant-Alpecin (désormais Sunweb) avait gagné en solitaire l’étape-reine des Pyrénées, au terme d’une journée marquée par une météo catastrophique (peu de luminosité, grêle). A l’avant durant toute l’étape, Tom Dumoulin s’est échappé au pied de la dernière ascension. Oui, oui, tout seul. Oui, oui, avant la grosse ascension des Pyrénées. Oui, oui, Tom Dumoulin.

Une équipe Sunweb ultra performante

Romain Bardet, troisième du Tour de France cette année, deuxième l’an dernier, fait sur le papier figure de grand rival de Chris Froome. Surtout avec une équipe AG2R La Mondiale complète, parfaitement huilée et qui a fait des progrès colossaux au points de rivaliser avec la Sky. Mais Sunweb n’est pas en reste. Même sans son leader du Giro, l’équipe a signé quatre victoires d’étape et est repartie avec le maillot vert et le maillot à pois grâce à Michael Matthews et Warren Barguil. De quoi être performant sur tous les terrains, même si le Breton voit son nom évoqué dans d’autres écuries pour l’année prochaine.

Tom Dumoulin a des airs de Chris Froome dans son ultra polyvalence. Un Chris Froome à son pic de forme. Or à 32 ans, le Britannique n’a jamais semblé si fragile que sur cette édition du Tour de France, ne parvenant pas à lever une seule fois les bras en fin d’étape. Le Néerlandais pourrait lui faire très mal. A moins de voir Romain Bardet progresser très fortement sur l’exercice du contre-la-montre. Mais il part de loin, là où Tom Dumoulin est plein de certitudes. Un fabuleux teasing pour l’an prochain.