Bardet peut-il vraiment le faire ?

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Troisième du classement général à 23 secondes du Maillot Jaune de Chris Froome (Sky), Romain Bardet (AG2R La Mondiale) n’a pas abandonné ses rêves de victoire finale. Le Français, qui bénéficie d’une équipe impressionnante depuis le début de ce Tour de France, semble le seul à pouvoir encore priver le Britannique d’une quatrième victoire. 

Un nom, une légende qui pèse lourd, comme un poids qui assomment des générations de coureurs tricolores depuis 1985… Bernard Hinault reste le dernier Français à avoir gagné le Tour de France. Chaque année, c’est à qui sera susceptible de succéder au Blaireau. Deuxième l’an dernier, Romain Bardet pointe à la troisième place du classement général, à la veille de la 16e étape. 23 secondes seulement le séparent du Maillot Jaune de Chris Froome (Sky). Et semble être le dernier à pouvoir lui chiper la tunique.

Une équipe pour concurrencer la Sky

Ils sont huit. Huit pour faire face à une armée surentraînée de sept hommes dédiés à un seul objectif : emmener Chris Froome et son Maillot Jaune sur les Champs-Elysées pour la quatrième fois. Alexis Vuillermoz et Mathias Frank ont une nouvelle fois été héroïques dimanche, lors de la 15e étape. Il s’agit de marquer le coup mentalement, rouler pour prouver qu’on ne se planque pas, que les ambitions sont assumées. 

« C’est beaucoup d’implication mentale, physique, souvent pour des gains soit inexistants, soit marginaux, reconnaît Romain Bardet. Mais je sais que c’est le Tour de France. On se doit d’exploiter toutes les opportunités même s’il y a assez souvent peu de chances que ça marche. Mais si on ne la tente pas… » La Sky contrôle, étouffe tout. Mais AG2R fait souffrir toute l’équipe… pour miser sur une défaillance du Britannique ? A la manière d’une Sky construite autour de Chris Froome, le team AG2R est fait pour Romain Bardet. Et les grimpeurs Vuillermoz, Frank, Gautier voire Latour seront précieux dans les Alpes.

Porté par le public

S’il n’aide pas à pédaler, le public peut redonner un peu d’allant. Depuis son triomphe en patron sur la 12e étape à Peyragudes, Romain Bardet a conquis les cœurs. Un amour qui dure depuis l’an dernier. « J’avais l’impression d’être au stade Marcel-Michelin sur 189 kilomètres, s’amuse le leader AG2R La Mondiale, à propos de la 15e étape dans le Massif Central. C’était quelque chose de grand à vivre. »

Les Alpes, faites pour lui ?

Meilleur descendeur du peloton en l’absence de Vincenzo Nibali, Romain Bardet a souffert dans les Vosges et le Jura. Mais depuis, le Français a retrouvé des couleurs en montagne, faisant craquer Chris Froome dans les 300 derniers mètres de Peyragudes (12e étape). Le triple vainqueur du Tour de France avait aussi montré ses limites à la Planche des Belles Filles.

Pour Romain Bardet, « ça se jouera à l’Izoard », arrivée de la 18e étape. Mais il n’a pas le choix : il faudra attaquer en montagne, pour reprendre du temps à Chris Froome avant le contre-la-montre individuel de Marseille samedi. Car le chrono sera favorable au coureur de la Sky. « Les étapes alpestres, je vais les courir comme deux classiques. Il n'y a pas de calcul à faire », insiste le leader AG2R La Mondiale. La forme, le Français l’a. Il estime lui-même faire son « meilleur début de Tour ». La clé sera… chez la Sky.

Et s’il roulait avec Aru ?

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Trois hommes affichent moins de 30 secondes d’écart avec Chris Froome. Outre Romain Bardet, Fabio Aru (deuxième à 18 secondes) et Rigoberto Uran (quatrième à 29 secondes) espèrent encore faire un coup. Mais l’Italien roule désormais tout seul, esseulé depuis l’abandon de Jakob Fugslang. Et on imaginait mal le Colombien à ce niveau… Faut-il miser sur une stratégie à trois ?

« On ne peut pas savoir avant de se trouver dans cette situation, tempère Fabio Aru (Astana). On verra comment se passera la course. Pour moi, il faut inventer sur le vélo. On a beau faire toutes les tactiques possibles, c'est dans la course que tu vois si tu as les jambes ou pas. Après, c'est sûr que notre équipe a passé des mois difficiles et a perdu des éléments importants dans ce Tour. Ce sont des choses qui arrivent mais nous sommes sept et à sept, on donnera le maximum pour arriver à Paris dans la meilleure des positions. » En clair, il ne faut pas compter là-dessus.

Trop de respect pour Froome ?

« J’ai ouï dire que Froome s’était fait invectivé parfois, raconte le Français à propos de la 15e étape, durant laquelle le Britannique a été sifflé. Et j’en suis vraiment désolé parce que c’est un grand champion qu’on doit respecter, que je respecte en tant qu’adversaire et qui ne mérite pas ce traitement. » Romain Bardet est respectueux. Quand Fabio Aru a tenté d’attaquer Chris Froome dans le Mont du Chat, profitant d’un incident mécanique du leader de la Sky, le coureur AG2R n’a pas suivi. Comme s’il n’osait pas suffisamment. Pour gagner, il va falloir oser.