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Le bilan des favoris du Tour

Chris Froome
Chris Froome AFP

Vainqueur du Critérium du Dauphiné ce dimanche, comme en 2013 et 2015, Chris Froome s’avancera en immense favori du prochain Tour de France (2-24 juillet). Mais derrière, la concurrence n’a pas dit son dernier mot. Le point après une semaine riche en enseignements.

Chris Froome (Sky) : vainqueur

Ses mollets secs et son corps asséché, veines turgescentes de sortie, rappellent l’imminence du Tour de France. Quand « Froomey » fond, la Grande Boucle n’est pas loin. Le Britannique va l’aborder en ultra favori. En 2013 et 2015, ses deux premières victoires au Tour, le leader de la Sky avait remporté le Dauphiné. Idem cette année. Un jamais deux sans trois reproduit en juillet ? On ne parierait pas contre. 

Chris Froome a encore montré cette semaine qu’il serait difficile à aller chercher. Battu par Alberto Contador sur le prologue, celui qui avait connu un début de saison terne – une victoire finale sans relief au Herald Sun et une étape d’un Tour de Romandie terminé à une indigne 38e place – a tapé du poing sur le peloton sur la montée de Vaujany (cinquième étape). Une accélération foudroyante qui a laissé tout le monde sur place sauf Richie Porte pour aller chercher une victoire de prestige. Même si Romain Bardet l’aura fait un peu trembler lors de l’ascension vers Méribel (sixième étape).

Alberto Contador (Tinkoff) : 5e à 35’’

Le prologue a permis de remplir les mémoires défaillantes. Sur ses pures qualités de grimpeur, Alberto Contador reste un sacré client en montagne. Vainqueur aux Gets au terme des quatre kilomètres d’une pente à 9,7% de moyenne dépassant parfois les 20%, avec un Froome à 13’’, l’Espagnol semblait assez en forme pour aller chercher une épreuve qui fait encore défaut à son palmarès. Les neuf secondes perdues dans la cassure du final de la quatrième étape puis la vingtaine concédée au Britannique dans la montée de Vaujany, où il n’a pu résister à l’accélération de l’ami Froome, ont suffi à calmer les ardeurs de ses supporters. 

Mais ses attaques ce dimanche dans la dernière ascension du Dauphiné, le col du Noyer, ont prouvé l’appétit toujours grand de celui qui a fait de la Grande Boucle la « priorité absolue » de sa saison. A 33 ans, Contador garde sa capacité à briller sur les courses à étapes. Mais sur trois semaines, on le placera forcément un cran en-dessous de Froome ou Quintana. Alberto n’arrivera pas sur le Tour en grand favori. C’est peut-être là qu’il est le plus dangereux…

Fabio Aru (Astana) : 45e à 40’08’’

Son classement final va faire grincer quelques dents. Mais comment pourrait-il briller au Tour après une 45e place au Dauphiné ? Méfiez-vous. Car Fabio Aru n’est pas un coureur comme les autres. En une journée splendide, cette troisième étape remportée en solitaire et au panache en résistant au retour du peloton, l’Italien a prouvé toute l’étendue de sa classe et de son flair offensif. 

Un coureur à la Vincenzo Nibali, vainqueur du Giro mais qui devrait jouer au coéquipier de luxe pour Fabio sur la Grande Boucle, et qui pourrait bouleverser le scénario sur les routes de juillet en allant chercher du temps là où ne l’attendra pas. En roue libre en fin de semaine après avoir concédé 1’57’’ sur Froome à Vaujany, le vainqueur de la dernière Vuelta a fini par lâcher, passant la ligne de Méribel à 15’47’’ du duo Pinot-Bardet. Mais on va le revoir plus ambitieux sur le Tour. Prédiction garantie. 

Richie Porte (BMC) : 4e à 21’’

Le lieutenant de Chris Froome lors de ses deux victoires sur le Tour a quitté le nid de Sky. Et l’émancipation du côté de la BMC se passe plutôt bien, merci pour lui. Troisième de Paris-Nice et quatrième du Tour de Catalogne, l’Australien a confirmé cette semaine sa capacité à briller sur les courses à étapes courtes. Devant Froome au prologue (à 6’’ de Contador), Richie Porte aura été le seul à résister au Britannique lors de l’accélération de ce dernier dans la montée de Vaujany. 

Deuxième avant la dernière étape, Porte s’est fait piéger et expulser du podium à la faveur de l’attaque de Dan Martin (Etixx-Quick Step), suivi par Bardet, à l’entrée de la station de Superdévoluy.  Manque de fraîcheur ou mauvais placement ? Sans doute un peu des deux. Reste à savoir, aussi, si l’Australien a la capacité de se montrer autant à son aise sur trois semaines. Le souvenir de son abandon dans la troisième semaine du Giro 2015, qu’il avait entamé dans la peau d’un des favoris, fait pencher la réponse vers la négative. A vérifier sur la Grande Boucle.

Thibaut Pinot (FDJ) : 16e à 6’05’’

Ses victoires sur des chronos au Critérium international et au Tour de Romandie, les premiers du genre dans sa carrière, avaient fait naître les plus fous espoirs. Ses 52’’ de retard sur Contador au prologue, une montée de quatre kilomètres, ont rappelé que Thibaut Pinot n’était pas le plus à l’aise dans l’exercice chronométré face aux futurs cadors du Tour. 

Une déception renforcée par les 2’31’’ concédées à Froome à Vaujany. Le Franc-Comtois se rattrapait le lendemain en s’imposant devant Bardet à Méribel pour endosser le maillot à pois de meilleur grimpeur. Dont il sera privé par l’Erythréen Daniel Teklehaimanot (Dimension Data) à l’issue d’une dernière étape où Thibaut aura encore perdu près de quatre minutes sur les meilleurs. Une 16e place à 6’05’’ n’est pas digne de son potentiel. Saura-t-il mieux l’exploiter sur la Grande Boucle ?

Romain Bardet (AG2R La Mondiale) : 2e à 12’’

Aucun Français n’avait fait mieux sur le Dauphiné depuis la victoire de Christophe Moreau en 2007. Deuxième à 12’’ de Froome à la faveur des secondes encore glanées dans le final de la dernière étape, Romain Bardet monte pour la première fois sur le podium d’une épreuve aussi importante que le Dauphiné. Ça donne des idées pour le Tour. Surtout que le garçon aurait pu faire mieux. 

Alors qu’il avait déjà concédé 16’’ sur le Britannique lors du prologue, le sixième de la Grande Boucle 2014 (9e avec une victoire d’étape l’an dernier) a perdu 45’’ lors de la deuxième étape à cause d’une chute après avoir percuté son coéquipier Alexis Vuillermoz à moins de trois kilomètres de l’arrivée (la règle des trois kilomètres ne s’appliquait pas car ce n’était pas une étape de plaine). Arrivé à 25’’ de Froome à Vaujany, là où le futur vainqueur a fait mal à la concurrence, il a su répondre présent dans les moments importants. Déçu d’avoir raté la victoire et le maillot jaune dans la sixième étape, il l’était moins ce dimanche à l’arrivée : « C’est une grosse satisfaction ». Objectif podium en juillet ?

Mention spéciale : Julian Alaphilippe (Etixx-Quick Step ; 6e à 51’’)

On le connaissait brillant sur les courses d’un jour. On l’a découvert à l’aise sur tous les terrains. Sprint, cols, chrono en montée lors du prologue, Julian Alaphilippe a montré sa trogne partout pour sa première apparition en haute montagne en compétition. Et s’est montré plus d’une fois capable de suivre les meilleurs sur des étapes où on l’imaginait dépassé. Résultat ? Le maillot de blanc de meilleur jeune et la sixième place à moins d’une minute de Froome.  A 24 ans, le Français couvé par Patrick Lefevere chez Quick Step pourrait en surprendre plus d’un en juillet.