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Michigan-Villanova : Comment un livre et du paintball ont inspiré les nobodies de Michigan

DR/University of Michigan

Loin d’être favoris de leur propre conférence en début de saison, les Wolverines de Michigan ont déjoué les pronostics et signé quatorze victoires de rang pour s’inviter en finale NCAA ce lundi soir (en direct à partir de 3h15 dans la nuit de lundi à mardi sur SFR Sport 2) et pouvoir viser le deuxième titre de l’histoire de leur université malgré un effectif sans recrues stars chez les joueurs lycéens. Une belle histoire qui trouve son credo dans le titre d’un livre proposé par un assistant-coach à ses troupes.

La phrase semble arriver façon cheveu sur la soupe. Mais à force de l’entendre répétée, on comprend qu’elle a un sens. A l’heure de commenter leur parcours jusqu’en finale NCAA, où ils défieront le favori Villanova ce lundi soir, les joueurs de l’université de Michigan ont tous les mêmes mots à la bouche : « On continue de couper du bois ! » Rapport ? Le titre d’un livre. Celui tendu aux Wolverines par Luke Yaklich, leur nouvel assistant coach, lors de leur première réunion préparatoire à la saison : Chop Wood & Carry Water : How to Fall in Love with the Process of Becoming Great (« Coupez du bois et portez de l’eau : comment tomber amoureux du processus pour devenir merveilleux »), un ouvrage publié par Joshua Medcalf en 2015 qui raconte la trajectoire d’un garçon souhaitant devenir un guerrier samurai et dont le plus grand challenge consistera à « battre celui qu’il voit dans le miroir ». 

« Comment a-t-on fait ça ? En coupant du bois ! »

Un credo qui a suivi toute la progression d’une équipe qu’on était loin d’imaginer atteindre le match pour le titre universitaire à l’orée de la saison. La preuve au Final Four avec cette remontée fantastique en demi-finale contre la surprise Loyola-Chicago, qui menait de 10 points à moins de quatorze minutes de la fin avant de s’incliner 69-57. « Comment a-t-on fait ça ? En prenant les possessions les unes après les autres, lançait le meneur Zavier Simpson. En coupant du bois ! » L’anecdote du livre, racontée en large et en travers ces derniers jours de l’autre côté de l’Atlantique, n’est pas rare dans le monde du sport, où les staffs cherchent toute nouvelle source d’inspiration possible. Mais elle raconte la difficulté à pointer l’origine du destin d’un groupe pas programmé, à en croire les spécialistes, pour rejoindre les mers dans lesquels il navigue aujourd’hui.

Pour comprendre la portée de la réussite made in Michigan, qui surfe sur une série en cours de quatorze succès et n’a perdu qu’une fois depuis début février, il faut revenir plusieurs mois en arrière. Au début de saison, quand les classements-sondages plaçaient les Wolverines… cinquièmes d’une conférence Big Ten dont ils finiront par remporter la couronne. Question d’effectif. Dans un sport universitaire US où le recrutement s’organise sur un système de classement des joueurs lycéens, notés avec des étoiles, coach John Beilein a opté pour des joueurs adaptés à son système plutôt que pour des potentiels. Résultat ? Seulement trois joueurs classés dans le top 100 de leur catégorie d’âge à la sortie du lycée, Zavier Simpson, Jordan Poole et Charles Matthews, et des « stars » sorties de nulle part.

Charles Matthews au dunk
Charles Matthews au dunk Reuters

Muhammad Ali Abdur-Rahkman, également convoité par Bucknell, Delaware et Drexel, trois écoles pas connues pour la qualité de leur programme basket, s’affichait ainsi au… 434e rang de sa classe d’âge. Moritz Wagner, héros de la demie avec 24 points et 15 rebonds, était 119e de la génération 2015 et n’a vu aucune autre école tenter de le recruter, Beilein se déplaçant dans son pays pour le convaincre. Une collection de destins improbables, loin des impressionnants titulaires du « Fab Five » qui avaient porté Michigan – qui compte un seul titre NCAA en 1989 –  à deux finales en 1992 et 1993, pour un ensemble qui régale. Flexible, créatif, l’entraîneur des Wolverines aura su s’adapter aux qualités à sa disposition en troquant son attaque à tout va, sa caractéristique dans le passé, pour une défense de fer (troisième du championnat) qui répond présent sur chaque possession de la première à la dernière minute comme un bûcheron coupe du vois toute la journée.

Il aura surtout su créer un collectif où chacun a son importance, prêt à tout pour donner un coup de mains aux copains, à l’image des remplaçants qui ont lancé la « remontada » contre Loyola-Chicago. Des liens notamment façonnés avec une journée paintball à la fin de l’été racontée par ses protagonistes à SB Nation, quand un joueur a tiré en pleine tête de son coach qui canardait ses troupes depuis un château avant qu’un assistant ne prenne Charles Matthews « en otage » (il s’est protégé des tirs en l’attrapant pour se servir de lui comme bouclier humain). En 2013, Beilein menait un Michigan à l’effectif avec plus de stars et de recrues à fort potentiel aux portes du titre, battu par Louisville en finale. Et si les nobodies qui se sont faits un nom faisaient mieux cinq ans plus tard ?