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Monaco-Le Mans : Lofton, la bataille contre le cancer comme plus beau titre

Chris Lofton (Le Mans) lors du match 3 de la finale face à Monaco
Chris Lofton (Le Mans) lors du match 3 de la finale face à Monaco Panoramic

Héros du troisième match de la finale de Jeep ELITE contre Monaco avec trente-quatre points, puis plus décevant lors du match 4 avec seulement sept points, Chris Lofton est l’un des principaux atouts offensifs du Mans, qui peut être sacré champion ce dimanche s’il s'impose sur le parquet de Monaco dans un match 5 décisif qui s'annonce bouillant (en direct à 18h30 sur SFR Sport 2). Mais sa plus belle victoire restera celle remportée il y a onze ans contre un cancer des testicules, caché à ses coéquipiers, alors qu’il évoluait à l’université de Tennessee.

On conseille à Rudi Garcia, entraîneur marseillais remonté contre le contrôle antidopage de ses troupes à quarante-huit heures de leur demi-finale retour de Ligue Europa face à Salzbourg, de lire l’histoire de Chris Lofton. Car celui que l’arrière du Mans a subi le 16 mars 2007 lui a peut-être sauvé la vie. A l’époque, celui qui avait été élu « Mr Basketball » de l’Etat du Kentucky lorsqu’il évoluait au lycée porte depuis trois ans les couleurs de l’université de Tennessee, qu’il quittera un an plus tard comme l’un des tireurs à trois points les plus prolixes de l’histoire de la NCAA – septième avec 431 tirs réussis et le meilleur pourcentage, à 42,2%, dans le top 10 de ce classement devant un certain Stephen Curry.

Les Vols viennent tout juste d’éliminer sans trembler Long Beach State au premier tour de la « March Madness ». Six jours plus tard, alors que son école va défier Ohio State (et perdre) dans le « Sweet 16 » après avoir sorti Virginia au deuxième tour, le résultat tombe : positif. Avec un très haut taux de bêta-hCG, que l’on retrouve chez les femmes enceintes, qui peut signifier une prise de stéroïdes ou… le marqueur d’un cancer. Des tests plus poussés confirment vite les craintes. Lofton fait face à une bataille contre un cancer des testicules. « C’est presque un miracle car on ne pratique aucun test qui aurait permis de détecter sa maladie », expliquera Chad Newman, membre du staff, dans un article pour ESPN en 2008. « Une bonne étoile veillait sur lui, confirmait alors sa mère, Kathleen. Personne n’a jamais été aussi béni d’avoir été sélectionné au hasard pour un contrôle antidopage. » La suite ressemblera pourtant à tout sauf à une bénédiction. Opéré pour faire retirer sa tumeur cancéreuse le 28 mars au Medical Center de son université, tôt le matin et sans que son nom n’apparaisse nulle part dans l’établissement car il ne souhaite pas que son histoire s’ébruite sur le campus, Lofton va mettre une dizaine de jours avant de se sentir assez bien pour marcher. Ce premier mois, travailler physiquement lui est impossible. « J’ai ressenti parmi les pires douleurs de ma vie, reconnaîtra-t-il pour ESPN. Tout ce que je pouvais faire, c’est rester au lit et regarder des films. »

Pas victime de la forme la plus sévère de cancer, d’autres grandissant et se répandant plus vite, l’Américain est soigné via la radiothérapie et les radiations. Cinq séances par semaine du 25 avril au 21 mai 2007 que ce dingue de travail, du genre à s’infliger des séances de tirs supplémentaires après l’entraînement ou une double dose d’exercices de musculation, a réservées pour l’après-midi dans l’espoir de s’entraîner en matinée. « Les premières fois, je me suis dit que ce n’était rien et que ce serait facile… » Les effets nauséeux des radiations vont le faire mentir. Les rêves d’entraînement sont oubliés, direction le lit avec une bassine à côté au cas où. De quoi faire du dernier jour de son traitement « le plus heureux de (s)a vie ». D’autant que la bataille se fait en solo ou presque.

Discret, parfois renfermé, Lofton réduit au strict minimum le cercle des personnes au courant de sa condition : ses parents, loin de lui mais à qui il parle tous les soirs pendant cette période, ses coaches, le staff médical de son équipe et quelques rares amis. Ses tantes, ses oncles, ses cousins et ses coéquipiers ne sont pas dans la confidence. « Je ne voulais pas que cela devienne un sujet de distraction pour notre équipe, expliquera-t-il. Tout aurait changé si c’était sorti et je ne voulais pas de ça. » Car Lofton n’abandonnera pas les parquets. S’il hésite un temps à repartir pour sa saison senior, la dernière de son cursus à Tennessee, pas question d’abandonner ses coéquipiers alors que les Vols sont cités parmi les prétendants au titre : « Ils auraient été là pour moi, je devais être là pour eux ». Même s’il doit mener une nouvelle bataille pour retrouver son niveau.

Pas retenu pour l’équipe US des Jeux Panaméricains, dont il avait passé les tests en juillet après avoir repris l’entraînement en juin (« J’étais trop faible, je savais ce qui allait se passer, mais ça m’a déprimé quand même »), Lofton sent qu’il lui manque quelque chose à la reprise de la nouvelle saison NCAA en novembre. Meilleur marqueur (20,8 points par match) et élu meilleur joueur de la conférence SEC la saison précédente, Chris a perdu sept kilos et n’a jamais pesé aussi peu depuis le lycée. L’explosivité manque. « Je sortais de ma meilleure saison mais je ne pouvais tout simplement pas retrouver mon niveau. J’avais des bons moments mais je ne jouais pas aussi bien que ce que j’attendais, pas aussi bien que les standards que je m’étais fixés et pas aussi bien que mon équipe avait besoin. » Et tout ne se joue pas que dans les jambes. « C’était beaucoup dans ma tête. Cela m’affectait trop. Je n’arrivais pas à bouger comme je le voulais, comme si mon corps refusait de le faire. »

Moins adroit, ses moyennes chutent. Les critiques des observateurs pleuvent mais Lofton refuse d’utiliser sa maladie comme excuse. « Je donnais tout sur le parquet et je me foutais de ce que les gens disaient ou écrivaient sur moi. J’ai été élevé comme ça : tu te présentes tous les matins au travail, peu importe ce qui se passe à côté. » « A un moment, on me demandait ce qui se passait avec lui tous les jours, racontera Bruce Pearl, le coach des Vols. Même si je connaissais les raisons de sa baisse de régime, je devais respecter sa demande d’intimité. Mais maintenant que tout le monde est au courant, je peux le dire : Chris n’était plus le même joueur. Le cancer, la thérapie, la perte de puissance… Tout cela jouait sur ses performances. Mais je peux vous dire que son numéro 5 sera un jour retiré par Tennessee. En surmontant son cancer, en ne laissant pas ce dernier le battre, il a laissé une immense marque sur cette école. »

Un seul de ses coéquipiers de l’époque, Jordan Howell, qui partageait sa chambre en déplacement, sera mis au courant… vers la fin d’une saison où les Vols atteindront une nouvelle fois le « Sweet 16 », battus par Louisville, et où Lofton montera en puissance jusqu’à se montrer décisif dans plusieurs moments importants. Il s’ouvrira une fois la rémission atteinte et le cancer vaincu, même s’il devra être surveillé toute sa vie. « J’ai réalisé que les gens avaient besoin de savoir, que mon histoire pourrait les aider », lancera-t-il à ESPN. Une bataille contre la maladie comme une leçon de vie. « J’ai pleuré plus cette année que toute ma vie combinée, reconnaîtra-t-il. C’est la chose la plus difficile que j’ai eue à surmonter mais désormais je sais qu’il n’y a rien que je ne peux pas vaincre. Dans la vie, vous allez être mis à terre. Ce qui compte est de savoir si vous y restez ou si vous vous relevez pour vous battre. »

Pas drafté en NBA en juin 2008, le joueur de trente-deux ans passé par la Turquie, l’Espagne, la Russie et la France porte ce credo avec lui partout où il exerce ses talents de basketteur. Avec cette capacité à répondre présent chaque fois qu’on a besoin de lui. Auteur de trente-quatre points dans le troisième match de la finale de Jeep ELITE face à Monaco, une victoire qui a permis au Mans (où il était déjà passé en 2015-16, remportant la Coupe de France) de se rapprocher à un succès de son cinquième titre, il en avait déjà planté vingt-cinq sur le parquet de Strasbourg lors du cinquième match décisif de la demi-finale et dix-neuf pour le succès du MSB en Alsace dans la deuxième rencontre de leur série. Sans oublier ses vingt points lors de la deuxième manche des quarts à Villeurbanne, qui ont permis aux Manceaux d’arracher une victoire leur permettant de rester en vie dans les playoffs. Il a moins brillé (sept points) lors du match 4 de la finale, qui aurait pu sacrer les Manceaux à domicile, mais gare au réveil de celui qui sait presque toujours rebondir après une prestation ratée dans la cinquième rencontre décisive ce dimanche. Le genre de moments qu'il adore. Le cancer ne l’a pas fait fléchir. Ce ne sont des joueurs de basket ou le public monégasque qui vont l’inquiéter.