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Jumping Bordeaux : Ehning, l'esthète aux rênes d'or

Panoramic

Alors qu’il ne lui manque que quelques points pour décrocher son billet pour la finale parisienne, Marcus Ehning vise ce samedi une troisième victoire lors de l’étape Coupe du monde de Bordeaux (en direct à 20h30 sur SFR Sport 3). Jamais au prix de l’élégance et du respect du cheval pour celui qui a déjà triomphé trois fois en finale du circuit.

Expliquer à un non-initié ce qui différencie un grand cavalier d’un plus grand encore n’est pas chose aisée. L’art équestre s’expérimente plus qu’il ne se commente. La chose est encore plus vraie dans le milieu du jumping, discipline dans laquelle la manière importe moins que le résultat, quand un sans-faute jugé sublime dans la monte ne vaut finalement pas plus qu’un sans-faute moche mais efficace. Mais quiconque aime les chevaux et l’équitation reconnaîtra que le résultat va difficilement sans la manière. 

Trois fois vainqueur de la Coupe du monde

Au petit jeu de la perfection, Marcus Ehning est certainement le plus en avance du circuit mondial. Champion olympique (2000) et du monde (2010) par équipe, trois fois vainqueur de la Coupe du monde (2003, 2006 et 2010), l’Allemand visera un quatrième sacre à Bercy en avril prochain. En attendant, le voici sur la piste de Bordeaux pour l’avant-dernière étape du circuit (en direct à 20h30 ce saledu sur SFR Sport 3) avant Göteborg puis le grand rendez-vous parisien. Le cavalier de 43 ans a déjà triomphé deux fois en terre girondine (2010 et 2014). 

Le palmarès de Marcus Ehning est monumental, son aura encore plus grande. Elément clé d’une école allemande au sommet (avec Daniel Deusser ou Christian Ahlmann), le natif de Südlohne cultive l’art de la facilité apparente. Chez lui, rien n’est en force, tout en discrétion. Si bien que son action sur le cheval – essentielle et omniprésence – est difficilement perceptible pour un œil non averti. Une question de travail avant concours et de mise en place de réflexes précis : primauté du poids du corps, pressions des jambes légères, peu voire pas de tension dans les mains… La douceur s’acquiert au gré de séances ultra exigeantes et d’une constante remise en question. 

"Pas de la faute" du cheval

En 2007, lors des championnats d’Europe de Mannheim en Allemagne, le cavalier voyait sa caractérielle Küchengirl lui infliger une cinglante élimination par un refus répété à l’entrée du triple. Justification de Marcus Ehning ? « Ce n’était pas sa faute. » Sept ans plus tard, au moment de la retraite de la jument, l’Allemand confiera : « J’ai beaucoup appris d’elle, j’étais trop ambitieux à l’époque. Elle m’a montré mes limites. » Vous excuserez la classe du bonhomme !

Confort et partenariat

Un déclic ? Plutôt une pierre à l’édifice pour celui qui accorde une attention inégalée à son tracé. Une option en barrage ? Pourquoi pas, mais pas au prix d’une courbe cassée qui mettrait sa monture en difficulté face à des obstacles culminant à 1,60m en Coupe du monde. Si le saut peut en prime être symétrique et dans une allure régulière, le maniaque appréciera d’autant plus. 

Dans un entretien accordé au site Grand Prix Replay en novembre 2016, Marcus Ehning se confiait sur son statut d’idole : « Pour être honnête, je n’y fais pas vraiment attention, assurait-il. Je sens bien sûr une légère admiration de la part de certains cavaliers. Je sais que les gens me regardent souvent. C’est bien mais je ne fais que mon travail. Pour le dire simplement, j’aime mon travail, mon sport et les chevaux. Je n’ai pas forcément le désir de projeter une certaine image de moi ou de l’équitation. J’ai juste besoin de créer une relation de partenaires avec mon cheval, pour que l’on puisse progresser ensemble, correctement et dans le confort. » Le confort, un mot si souvent oublié par certains cavaliers, pour qui seule la barre maintenue sur les fiches compte…