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Göteborg : Diniz, cavalière-monde et engagée à plein temps

Panoramic

Victorieuse de l’épreuve qualificative vendredi avec son Fit For Fun 13, Luciana Diniz arrive en confiance ce dimanche pour la dernière étape de la Coupe du monde de jumping avant les finales de Paris (11-15 avril). Après une saison 2015 marquée par son succès final sur le Global Champions Tour, la cavalière de 48 ans retrouve un peu la lumière. Et n’a rien perdu de son engagement.

C’est l’histoire d’une petite fille toute fluette qui prend la pose. Assise sur son poney, en maillot de bain, elle affiche déjà ce large sourire tellement communicatif. Sur les réseaux sociaux vendredi, Luciana Diniz apposait les termes « passion », « détermination », « échecs et succès », « apprentissage » à cette photo d’elle enfant. Les années ont passé pour la native de Sao Paulo. Mais la joie et l’engagement de chaque instant sont toujours palpables sur son visage.

Fille d’une légende du dressage brésilien

Fan de Roger Federer (gage de qualité diront certains), la cavalière d’aujourd’hui 47 ans a pourtant largement baigné dans l’équitation dès le plus jeune âge. Son père, Arnaldo Diniz, était joueur de polo et deux de ses fils ont d’ailleurs suivi le même chemin. Sa mère, Lica, reste une figure du dressage brésilien avec un record de huit titres nationaux consécutifs. C’est naturellement dans la ferme de ses parents que la jeune Luciana a appris à monter à cheval. Puis très vite à dresser.

Dans un entretien accordé au site Jump Inside en août dernier, la cavalière expliquait avoir découvert le saut d’obstacles… sur un concours de circonstances. « Lorsque j’avais douze ans, Marko, le cheval de ma mère avec lequel je sortais en compétition, est décédé, détaillait-elle alors. Et c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à sauter. » Coup de foudre presque immédiat pour la discipline. La jeune fille est douée… à tel point que le Brésil devient trop petit.

Le Portugal plutôt que le Brésil, le temps plutôt que le pschitt

A 18 ans, Diniz s’envole pour l’Europe pour pouvoir s’y entraîner, se former un piquet de chevaux et tenter de percer, grâce aux conseils de Nelson Pessoa puis d’Alwin Schockemohle. Le chemin est long. Hormis une participation aux Jeux Equestres Mondiaux en 1994, la cavalière doit attendre les années 2000 pour véritablement pointer le bout de son nez sur la scène internationale. Son partenariat signé en 2002 avec Edouard de Rothschild lui permet d’accéder à des chevaux d’un autre calibre.

En 2004, elle participe aux Jeux Olympiques d’Athènes avec le Brésil. Choix naturel. Mais ses racines la poussent ailleurs. Deux ans plus tard, Luciana décide de porter les couleurs du Portugal, pays d’origine de ses grands-parents paternels. La montée en puissance est significative, avec quatre participations aux championnats d’Europe entre 2007 et 2013, cinq finales de Coupe du monde consécutives entre 2010 et 2014, les Jeux Olympiques de 2012 (avec le Portugal, donc). Son apothéose est pour 2015, avec sa victoire finale sur le Global Champions Tour. Décompression ou non, l’année suivante est surtout marquée par sa lourde chute à Vienne, qui lui vaudra six mois loin des pistes de haut niveau. « Cela m’a pris du temps pour revenir à mon niveau », admettait-elle il y a quelques mois dans Horse Magazine. Avant de tenter une comparaison avec son idole Federer : « L’observer m’a beaucoup appris, dans sa façon de gagner de nouveau après une blessure. Quand je l’ai rencontré l’an dernier, il m’a dit d’y aller doucement. » Du temps et de la douceur.

Une méthode alternative et plus humaine

Luciana Diniz n’est pas uniquement sur le circuit pour enquiller les résultats. La Portugaise de cœur et de nationalité sportive fait de la relation à l’animal une priorité. « C’est à nous de les écouter pour pouvoir nouer une relation et en obtenir le meilleur, résumait-elle sur Jump Inside. Je m’entraîne toute seule et j’utilise un système qui me permet d’être le plus proche possible de mes chevaux. Je suis très à l’écoute d’eux et j’essaie de développer une certaine forme de philosophie. » Adepte de l’éthologie, la native de Sao Paulo a mis en place son propre programme – GROW – qui enseigne l’équitation dans une optique plus humaine, plus philosophique. Dans son quotidien, elle n’a d’ailleurs jamais hésité à travailler avec des coaches mentaux.

Outre qu’elle lui permet de travailler dans la douceur et dans le plaisir, cette méthode permet à Diniz d’arriver à des résultats à longs termes bien plus significatifs. Dans une série de vidéos publiées sur YouTube, la cavalière raconte son histoire à travers ses chevaux. Elle y parle notamment de Winningmood (dit Winnie), étalon avec lequel elle a notamment remporté le Grand Prix de Vienne en 2015. « Quand on me l’a présenté en me disant qu’on allait l’essayer en tant que cheval pour les championnats, j’ai répondu : ''Hors de question'', s’amuse Luciana Diniz. Je me disais que ce n’était pas un cheval pour une femme : il est grand, il est fort, il est lourd. Je n’avais pas envie de l’essayer. Et le premier jour où je l’ai monté, je suis tombée amoureuse. »

« Un avantage d’être une femme avec les chevaux »

Etre une femme ne lui pose pas de problème. Toutefois, bien que mixte, le jumping de très haut niveau ne pullule pas vraiment de cavalières… « Je pense que c’est même un avantage d’être une femme avec les chevaux, ajoute la Portugaise. Nous les filles, nous montons beaucoup avec le feeling. Nous n’avons pas la force que peut avoir un homme et je pense que grâce à cette caractéristique, nous sommes naturellement plus à l’écoute de nos montures. » 

Cet engagement pour une équitation douce va de pair avec celui pour l’environnement. En novembre dernier, la cavalière était à Bonn pour assister à la COP 23. Son cousin, l’ancien pilote automobile Pedro Paulo Diniz, y donnait notamment une conférence « Que pouvons-nous faire quotidiennement pour le bien-être de notre environnement ?, interrogeait Luciana Diniz sur les réseaux sociaux. La COP 23 m’a donné l’opportunité d’en savoir plus sur ce sujet. J’ai eu le privilège d’y assister, et d’avoir appris un peu plus l’importance de notre attitude vis-à-vis d’un écosystème en bonne santé. » Primordial dans un sport qui, malgré son rapport à la nature, n’est pas exempt de tout reproche à coups de voyages aux quatre coins du monde ou de transformation d’aliments pour équidés. Luciana Diniz n’est pas juste un nom sur une startlist de jumping internationale. A 48 ans, elle se veut aussi porte-étendard d’une autre vision de son sport.