Quand Johnny Hallyday mettait le feu au sport

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Johnny Hallyday s’en est allé cette nuit à l’âge de 74 ans. Si l’immense carrière de ce monument du patrimoine français s’est écrite sur scène et micro à la main, l’ancienne idole des jeunes a entretenu une relation très particulière et personnelle avec le sport. De la boxe aux sports mécaniques en passant par la muscu, le foot et la voile, retour sur soixante ans de passion et de sueur.   

Johnny Hallyday, c’était Kopa, Platini et Zidane à la fois. Une idole populaire transgénérationnelle qui a su traverser les époques et occuper la scène comme aucun autre artiste durant plus de soixante ans. Mais l’incroyable omniprésence de ce monument du patrimoine français ne saurait se cantonner à la simple sphère musicale puisque Johnny entretenait également une relation très personnelle avec le sport.

Muscu, boxe, abdos : une prépa de haut niveau

Véritable bête de scène qui a englouti 3240 concerts durant sa carrière, ce marathonien aux 187 tournées préparait ses shows avec le sérieux et l’engagement d’un sportif de haut niveau qui s’attaque à une Coupe du monde ou un tournoi du Grand Chelem. Muscu, boxe, abdos, fonte : Johnny aimait sculpter son corps et ses biscoteaux et blinder sa condition physique sous la férule d’un préparateur physique, à Paris comme à Los Angeles.

Davantage adepte d’un certain esprit sportif que d’une pratique assidue, il préférait de loin la moto et les Harley Davidson, ainsi que le tennis dont il suivait assidûment Roland-Garros, que les sous-bois pour courir ou les terrains du dimanche pour taper dans la balle. « Biker, c’est une profession, une religion, se plaisait-il à répéter. Je préfère les sports mécaniques au foot, dont je ne suis pas vraiment fanatique sauf quand il y a un match international. »

L'aventure des rallyes-raids

Après quelques courses de côtes dans les années 1960-70, Johnny (qui fut par ailleurs parrain en 2005 du défi français à la Coupe de l’America, K-Challenge) se lança dans l’aventure des rallyes-raids, avec d’abord celui de Tunisie et du Maroc, puis naturellement le Dakar en 2002 aux côtés de René Metge (49e au général).

« Je ne voulais pas partir avec une star à côté de moi, je voulais partir avec un mec qui avait envie de faire le Dakar, a raconté à RMC Sport le double vainqueur du plus prestigieux des rallyes-raids. Paul Belmondo et un ancien pilote de F1 dont je ne me rappelle plus le nom lui avaient dit : ‘’T’es pas bien de faire le Dakar, ce n’est pas possible dans l’état que tu es. Tu n’y arriveras pas, tu vas faire deux étapes et tu vas rentrer à la maison.’’ Mais il m’a étonné tous les jours. Je dirais même une chose : c’est que je suis parti avec un gars fatigué parce qu’il venait de tourner un film et je suis arrivé à Dakar avec un petit jeune. » Une force de la nature, on vous dit.

Ce goût de l’effort, ces démonstrations de force, cette propension à se transcender et à aborder une série de concerts comme on défie l’Everest, c’était la marque de fabrique de Johnny. A compter de 1969 et ses prestations au Palais des Sports où il y installe plusieurs scènes ainsi qu’un ring de boxe (« Les filles aiment les durs » disait-il à l’époque), ses shows deviendront des combats chorégraphiés, des compétitions musicales qui transpirent le dépassement de soi et la testostérone. Organe vocal surpuissant, muscles saillants et litres de transpiration à l’appui.

Le tournant en 1998

Mais après avoir fait vibrer voire chavirer le Parc de Princes, le Stade de France, le Vélodrome à Marseille, Gerland à Lyon, Geoffroy-Guichard à Saint-Etienne, la Beaujoire à Nantes, le stade Chaban-Delmas à Bordeaux, le Stadium Nord de Villeneuve d’Ascq, la Meinau de Strasbourg ou encore le Stade Marcel Picot de Nancy (notamment lors de la Tournée des stades 2003), il était écrit que l’autoroute du chanteur le plus populaire de France devait croiser un jour celle du sport le plus populaire du pays : le football.

C’est en 1998, à la fois année de l’inauguration du Stade de France, du premier concert de Johnny au SDF et de la victoire des Bleus en finale de la Coupe du monde, que l’image du rockeur va être associée à celle du foot. Soutien indéfectible de l’équipe de France, maillot à trois bandes sur le dos, il couve du regard les Zidane, Barthez and Co avant de mouiller le maillot en 2002 à l’occasion de la Coupe du monde au Japon et en Corée du sud. Un des rares ratés à l’insu de l’idole puisque son hymne à la gloire des Bleus (« On est champions, on est tous ensemble ») sera à jamais associé au fiasco des Tricolores. Avec à la clé, un lapsus mémorable lors de la promotion de son single quand il avait confondu Zizou et Zazie sur la plateau du JT de 20 Heures de Claire Chazal.  

"Allumer le feu" : un tubé taillé pour les grands stades

Qu’importe car c’est finalement « Allumer le feu », son tubé taillé pour les grands stades surchauffés, qui va naturellement s’imposer et vraiment faire entrer en 2001 Johnny dans les tribunes de foot. Champion de France de Ligue 1, le FC Nantes fête son titre comme il se doit à la Beaujoire jusqu’à ce que Georges Eo, l’entraîneur adjoint de l’époque, ne s’empare du micro et pousse la chansonnette. A s’en faire péter les cordes vocales.

Son « Allumer le feu » électrise l’ambiance et dépoussière le « We are the champions » de Queen et Freddie Mercury. Un nouvel hymne des stades est né. Il a suffi d’une étincelle pour faire danser les Diables et les Dieux. Et faire entrer un peu plus Johhny dans le coeur de Français aujourd'hui inconsolables.

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