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Mayer pour tout l’or du monde

Panoramic

Sacré champion du monde en plein air l’été dernier à Londres, Kevin Mayer tentera d’étendre sa suprématie planétaire à l’indoor à l’occasion des Mondiaux en salle de Birmingham qui viennent de débuter. Grandissime favori, le nouveau roi des épreuves combinées sort d’un hiver fructueux mais éreintant où il a explosé plusieurs de ses records personnels. De bon augure.  

Quand le commun des mortels n’a plus de gaz dans les chaussettes et décide de faire un break, c’est glandouille assurée et économie de mouvements certifiée. Avec l’"hyperactif" Kevin Mayer, se reposer n’a pas vraiment la même signification. Même du côté de Montpellier où les récentes chutes de neige ont paralysé les êtres et figé les environs. Il y a bientôt quinze jours, le champion du monde en titre du décathlon sortait de sa dernière prestation hivernale à l’occasion des Championnats de France Elite en salle de Liévin totalement cramé, rôti, bouilli. Il faut dire que son hiver avait été particulièrement savoureux mais très dense et éreintant, avec de nombreux sorties au programme assorties de plusieurs records personnels comme à la perche (5,50m puis 5,60m) et sur 60m haies (7"88 puis 7"82 puis 7"79).

Mais cette fois-ci, son corps disait stop. Trop, c’est trop. D’où ce zéro pointé à la perche et ce saut de cadet sous les 7 mètres à la longueur qui ne lui ressemblent franchement pas. Avant de zapper le 60 haies. Pas le genre du bonhomme, non, mais le signe évident que le colosse - qui n’a pas remporté du même coup le titre national de l’heptathlon - devait prendre du repos pour refaire du jus en vue des Mondiaux en salle de Birmingham qui débutent pour lui ce vendredi.

"Je n'avais plus de sensations"

« J’ai fini très fatigué, soulignait l’intéressé au micro de SFR Sport. Je n’avais plus de sensations. Ce n’est pas l’entraînement qui me fatigue mais les décalages horaires, les avions, les voyages, les trains. Je ne suis plus rentré chez moi depuis un mois et demi donc je vais souffler pendant dix jours. » Enfin… deux jours réellement off avant de repartir au charbon pour un mini-cycle d’entraînement car il est comme ça, notre Hercule made in France. Pas le genre à se ressourcer dans le farniente mais plutôt du style à retrouver de la moelle dans l’effort. Certes, bien dosé et parfaitement calibré, mais tout de même à travers des vraies sessions d’entraînement, courtes et explosives, techniques ou de répétition de gammes. De quoi refaire les niveaux tout en entretenant la machine.

Dans une nouvelle dimension

« Lors de ses dernières sorties, ce n’est pas du grand Kevin Mayer comme on a pu le voir à Rouen, avec sa petite mine fatiguée et ses mouvements de tête, analyse Romain Barras, champion d’Europe 2010 de décathlon et ami de l’actuel roi des épreuves combinées, depuis la retraite d’Ashton Eaton. Mais il n’y a rien d’alarmant. » Ce simple coup de moins bien, arrivé finalement à point nommé puisque ressenti quinze jours avant la grande échéance de l’hiver, ne saurait en effet remettre en cause son statut de grandissime favori à l’or mondial de l’heptathlon, ce week-end à Birmingham, malgré sa première participation à ce grand raout planétaire en salle. Car depuis deux ans et l’été dernier en particulier, Kevin Mayer a pris une toute autre dimension. Fini le stress d’avant-compète et la pression qui tétanise, le sociétaire de l’EA Rhône Vercors est un homme libéré que le sacre mondial a définitivement débloqué.

Le début de l'ère Mayer ?

« Cela va être un big fight (notamment face au Canadien Damian Warner, 2e des Mondiaux 2015 et 3e des JO 2016, Ndlr), annonce le protégé de Bertrand Valcin. Mais c’est ce que je suis venu chercher et je ne crains pas l’affrontement car je me sens plus fort que Belgrade. Je ne sais pas d’où sortent mes perfs cet hiver mais j’ai énormément progressé en puissance. J’ai beaucoup bossé pour ça. Ca a vraiment marché, j’ai battu de nouveaux records. » L’an passé à pareille époque, Mayer avait décroché en Serbie son premier titre de champion d’Europe en salle assorti d’un nouveau record continental de la spécialité avec 6479 points.

En Angleterre, l’objectif affirmé est de faire main basse sur le titre. Et bien plus encore, si affinités avec les bonnes sensations et les signaux que lui enverront sa carcasse durant la compétition. Car même s’il s’en défend officiellement, Mayer a dans les pattes et les biscoteaux le record du monde d’Eaton, perché à 6645 points. Une cerise qui aurait de la gueule sur le mille-feuilles que le Français en train de se bâtir, saison après saison, et qui commence furieusement à ressembler au début d'une suprématie que l'on serait déjà tenté de qualifier d'"ère Mayer". La marque des grands.


SON PROGRAMME

Vendredi 2 mars : 60 m (11h) + longueur (11h40) + poids (13h) + hauteur (20h45)

Samedi 3 mars : 60 m haies (11h) + perche (12h05) + 1000m (20h50)