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Collins, le sprinteur qui a traversé les époques

Kim Collins (au centre)
Kim Collins (au centre) Panoramic

Qualifié pour les demi-finales du 60 mètres des Mondiaux en salle de Birmingham ce samedi, Kim Collins ne s’est pas présenté pour la course, mettant un terme à sa longue carrière. Le sprinteur qui a commencé avec Donovan Bailey et a vu Usain Bolt triompher puis s’en aller quitte la scène sur l’avènement de Christian Coleman. Avec le souvenir de son plus beau succès, l’or sur 100 mètres aux Mondiaux en plein air de Paris en 2003.

Il a fini sur une pirouette, symbole d’une carrière où il aura souvent surpris. Qualifié pour les demi-finales du 60 mètres des Mondiaux en salle de Birmingham après avoir pris la troisième place de sa série, dans laquelle il côtoyait le futur champion du monde et nouvelle star du sprint mondial Christian Coleman, l'inusable Kim Collins ne s’est pas présenté pour sa demi-finale – où il devait encore partager la piste avec l’Américain – plus tard dans la journée ce samedi. Une absence résumée d’une phrase : « Il faut savoir dire au revoir ». A quarante et un ans, celui qui a placé ses îles de Saint-Kitts-et-Nevis sur la carte de l’athlétisme mondial a, comme prévu depuis quelques mois, tiré sa révérence sur une dernière compétition planétaire. Comme un clin d’œil au plus beau titre de sa carrière, ce sacre sur le 100 mètres des Mondiaux en plein air de Paris en 2003.

La couronne la plus lente de l’histoire des Mondiaux sur la ligne droite

Loin d’être favori avant la compétition, Collins avait profité des disqualifications pour faux-départs du Jamaïcain Asafa Powell et de l’Américain Jon Drummond – « I did not move ! » – et de l’élimination du triple champion du monde et champion olympique en titre Maurice Greene pour s’offrir la couronne la plus lente de l’histoire des Mondiaux (que beaucoup expliqueront par la politique agressive de la France dans la lutte antidopage) sur la ligne droite en 10’’07. Le grand moment d’un parcours qui en a connu d’autres. Déjà présent aux championnats du monde de Göteborg en… 1995, Collins devient le premier représentant de son pays à disputer une finale olympique (terminée à la septième place) à Sydney en 2000. Un bout d’histoire complété l’année suivante avec la première médaille planétaire pour un athlète de Saint-Kitts-et-Nevis, le bronze sur 200 mètres agrémenté d’un nouveau record national (20’’20). En 2002, il s’offre l’or des Jeux du Commonwealth en devenant le trente-septième coureur de l’histoire à descendre sous les dix secondes (9’’98).

Un triomphe assombri par un contrôle positif qui ne donnera lieu à aucune sanction, la substance utilisée par Collins étant prescrite dans le cadre d’un traitement de l’asthme. L’hiver suivant, il remporte sa première médaille mondiale en salle avec l’argent du 60 mètres à Birmingham, là où il prendra sa retraite quinze ans plus tard, derrière l’Américain Justin Gatlin. Quelques mois plus tard arrive le titre à Paris, le premier de l’histoire de son pays, qui poussera le gouvernement de Saint-Kitts-et-Nevis à décréter en 2010 le 25 août comme « jour Kim Collins » en hommages à sa victoire. Après une nouvelle finale olympique en 2004 à Athènes (sixième en 10’’00), la défense de son titre mondial du 100 mètres en 2005 va montrer sa force de caractère. Le garçon se qualifie de justesse en quarts puis en demie, avec à chaque fois le dernier temps, mais parvient à gratter le bronze en finale (10’’05). Deux années de difficultés suivront avant une médaille d’argent sur 60 mètres aux Mondiaux en salle 2008 et une demi-finale olympique sur 100 mètres à Pékin (finale et sixième grâce à deux disqualifications sur 200 mètres). 

Une première retraite annoncée... en 2009

A l’issue de la saison 2009, durant laquelle il échoue en quart sur 100 et 200 dans le rendez-vous planétaire à Berlin, il annonce sa retraite… avant d’abandonner très vite l’idée. En 2011, après un hiver où il signe son meilleur temps sur 60 mètres (6’’50), il devient le plus vieux médaillé mondial sur 100 mètres avec le bronze récolté à Daegu dans une finale marquée par le faux-départ éliminatoire d’un certain Usain Bolt. A 35 ans, il fait même coup double avec une autre breloque, en bronze, sur le relais 4x100, record national à la clé. Privé du 100 mètres aux Jeux de Londres en 2012, sa propre délégation l’ayant exclu pour avoir rendu visite à sa femme et à ses enfants, Collins réalisera un véritable exploit en 2013 en redescendant sous les dix secondes… onze après avec un nouveau record en 9’’97 au meeting de Lausanne début juillet.

Malgré un nouveau chrono sous les 10’’ quelques jours plus tard, il ne sera pas sélectionné pour les Mondiaux de Moscou suite à des différends avec sa fédération nationale et une absence (sans dispense) aux championnats qualificatifs pour le rendez-vous planétaire. L’hiver suivant, à 37 ans, il descend pour la première fois sous les 6’’50 sur 60 avec un 6’’49 à Prague. Avant d’améliorer son officieux « record du monde des plus de 35 ans » en 9’’96 à l’été 2014 lors des Saintsbury Anniversary Games, meeting commémorant les deux ans des JO de Londres. Et il n’en a pas fini avec ses progrès. L’hiver 2015 ? Deux nouveaux records nationaux sur 60 mètres en 6’’48 puis 6’’47. L’été sera plus décevant avec une élimination en séries du 100 des Mondiaux de Pékin malgré un 9’’98 lors de ses championnats nationaux.

Premier quarantenaire sous les dix secondes

En 2016, son hiver le verra prendre part à Portland à ses premiers Mondiaux en salle en huit ans. Deuxième meilleur temps des demies en 6’’49, son âge le rattrape avec une récupération compliquée avant une finale qu’il termine huitième. Mais en mai, il marque encore l’histoire du sprint en devenant le premier quarantenaire sous les dix secondes sur la ligne droite avec un 9’’93 réalisé dans le vent favorable – 1,9 m/s – qui lui permet de battre son record personnel de trois centièmes. De quoi lui offrir une dernière participation aux JO pour un échec en demi-finale à Rio. Il annonce alors que 2017 sera sa dernière année sur les pistes. Mais un été raté, où il ne réalise pas les minima pour les Mondiaux de Londres, le poussera à se lancer dans une dernière saison en salle. Pour des adieux définitifs à la compétition à Birmingham. A quarante et un ans et après avoir traversé les époques. L’homme qui a débuté sur la scène internationale sur un sacre de Donovan Bailey sur 100 mètres et a vu Usain Bolt arriver, triompher puis s’en aller quitte la scène sur l’avènement de Coleman. On ne l’oubliera pas.